Georges Basdevant est cofondateur et directeur général de Dift, la plateforme de générosité où chacun peut collecter et donner pour sa cause de coeur.
Précédemment, Georges a travaillé dans le milieu entrepreneurial à Paris & New York, notamment pour plusieurs associations et ONG en France et dans le monde (ViensVoirMonTaf, La Fresque du Numérique, France Digitale). Il a également collaboré en tant que bras droit de Frédéric Mazzella, fondateur de BlaBlaCar, avant de lancer ensemble Dift.
1 – Pour vous, qu’est-ce qu’un collaborateur engagé dans une organisation ?
Un collaborateur engagé est un collaborateur qui connaît la mission de l’organisation, se sent aligné avec cette mission et sait que son action va compter. Il ne vient pas seulement “travailler”, il se sent partie prenante d’un projet collectif. Cela implique tant un travail du côté de la direction de l’entreprise, qu’une adhésion individuelle. Enfin, il se reconnaît dans les valeurs de l’organisation, au-delà de son rôle de collaborateur, mais aussi en tant que citoyen.
2 – Quelles initiatives spécifiques avez-vous mises en œuvre chez DIFT pour que les collaborateurs se sentent parties prenantes — au-delà de l’impact généré ?
Pour associer l’équipe Dift, cela passe par un mode de gouvernance participatif : des points généraux chaque semaine avec toute l’équipe pour suivre les priorités, mais aussi des moments informels comme l’Apéro de rentrée en septembre, où nous avons réuni collaborateurs, associations, partenaires et amis de Dift. Enfin, tout le monde chez Dift est invité à tester le produit en permanence, et à faire ses retours dessus, pour contribuer à notre amélioration globale !
3 – Comment DIFT fait-il pour aligner l’engagement des collaborateurs avec l’engagement des clients / utilisateurs / associations partenaires, sans créer de friction ?
Les collaborateurs viennent chez Dift pour partager une belle aventure entrepreneuriale, au service de notre mission : accélérer le soutien à des causes sociales et environnementales. Ce n’est donc pas que l’écologie, ou le social : c’est une variété de causes. Chacun peut y trouver son compte.
C’est aussi le principe de notre produit pour les entreprises, le dift : quand le collaborateur ou client choisit sa cause de cœur, et distribue gratuitement un dift (don-gift), il ne s’oppose pas aux autres, il exprime sa préférence individuelle, facilitée par l’entreprise. Cette diversité des causes reflète la complexité du défi de transition, qui se joue sur tellement de paramètres.
4 – Comment pensez-vous qu’il soit possible de concilier impact social et performance ?
On concilie impact et performance en se souciant dès le départ de l’impact de son modèle économique sur les dimensions sociales et économiques. En l’analysant objectivement, par les chiffres : quelle est mon empreinte carbone en tant qu’organisation ? Quels coûts je permets à la société d’éviter ?
Aujourd’hui, les entreprises ont besoin d’avoir un impact social : pour recruter, pour attirer des clients, pour gagner des marchés, pour respecter les réglementations. N’excluons plus impact positif et performance ! C’est aussi notre mission avec Dift, sur le financement des causes : faciliter ce pont entre grand public, entreprises et associations.
5 – Si vous donniez un conseil à un PDG qui envisage de faire de l’impact social un levier de culture interne, quel serait-il ?
“Start with why” conseillait l’Américain Simon Sinek. Pourquoi mon organisation existe-t-elle ? Pour quoi faire, qui ne serait pas réalisé sinon ? Pourquoi rassemble-t-elle ces hommes et ces femmes en particulier ?
Des réponses à ces “Pourquoi” permettront de révéler ce qui existe déjà et peut être nourri en terme d’engagement interne.
6 – En tant que CEO, comment vous positionnez-vous personnellement dans la dynamique d’engagement ? Vous sentez-vous plutôt garant, moteur, ou facilitateur ?
En tant qu’entrepreneur, mon intention est de “faire partie de la solution” face aux défis de transition, et d’embarquer le plus grand nombre dans cette dynamique : équipes, clients, partenaires…
7 – À votre avis, quels sont les risques spécifiques pour une entreprise à mission si elle néglige sa culture d’engagement — par exemple en termes de légitimité, d’alignement, de crédibilité vis‑à‑vis des parties prenantes ?
Rien de plus contradictoire et risqué que de désaligner l’interne et l’externe. ”La confiance se gagne en gouttes et se perd en litres”. L’alignement authentique entre des paroles et des actes est la chose la plus précieuse à viser.
9 – Le modèle DIFT repose sur un choix individuel de cause. Comment vous assurez-vous que ce choix crée du lien collectif plutôt que de l’atomisation ?
C’est la force du modèle : chaque “difteur” a la liberté de choisir une cause qui lui ressemble. On part du principe que tout le monde a des sensibilités différentes, et c’est cette diversité qui donne sens à l’engagement d’une marque. Dans tous les cas, cela vient soutenir des associations vérifiées et fiables. En somme, on recrée du commun par une action participative où chaque voix compte.
10 – Est-ce qu’il y a des moments où vous sentez une tension entre la quête d’impact et les exigences de performance ? Comment vous les gérez en interne ?
Nous déployons des solutions qui simplifient la générosité des entreprises et des particuliers, au profit des associations. C’est donc une mission très alignante. Elle implique toutefois de déverrouiller des volumes importants de don, ce qui nous invite à nous concentrer sur des opportunités de générosité qui soient suffisamment grandes et volumiques. Cela peut nous amener à ne pas traiter certains cas d’usage de collecte de don qui nous intéressent pourtant, et auraient du sens, mais se révèlent trop petits ou trop complexes. Nous recherchons donc plus de volume, ce qui est source in fine de plus de performance et plus d’impact : aussi ce n’est pas tant une tension qu’une priorisation sur les volumes.





